Deux Bretagne : le sol et le mouvement
la Bretagne n’a jamais été une seule civilisation. Elle en a toujours porté deux.
D’un côté, la Bretagne du sol : celle des kers, des communs, des tudoù, de la continuité. Une civilisation stable, enracinée, organisée autour d’un territoire qui protège. Dans le ker, le sol n’est pas un décor : c’est une matrice. Il donne identité, maison, transmission. Historiquement, il donnait aussi le logement aux enfants. Le ker était un système protecteur.
De l’autre côté, la Bretagne de la mer : celle des pêcheurs, des goémoniers, des cabanes de grève, des abris saisonniers. Une civilisation sans sol. Les pêcheurs n’avaient pas de terre, pas de foncier, pas de continuité territoriale. Ils vivaient dans des habitats légers, réversibles, mobiles. Ils se déplaçaient selon les saisons, les marées, les bancs de poissons. Ils étaient nomades par nécessité.
Et c’est là que les Romani Travellers nous éclairent. Eux aussi vivent dans le mouvement. Eux aussi protègent leurs enfants par la mobilité. Eux aussi construisent des habitats légers, communautaires, non fonciers. Ils sont, d’une certaine manière, les cousins anthropologiques des Bretons de la mer.
Les kers, eux, sont les cousins des civilisations atlantiques sédentaires : des communautés rurales qui protègent par le sol, par la maison, par la continuité.
Nous avons donc deux logiques :
-
le mouvement comme protection,
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le sol comme protection.
Les Travellers ont gardé leur système. Les pêcheurs ont perdu le leur. Et les kers ont perdu leur fonction protectrice.
Aujourd’hui, les jeunes bretons ne sont plus logés par leur communauté. Ils sont soumis au marché immobilier. Les communs ont disparu. Les tudoù sont dissous. Le ker n’a plus de pouvoir.
Une civilisation territoriale qui ne protège plus ses enfants est une civilisation désactivée.
Notre enjeu, maintenant, est de réactiver ce qui protège : les communs, les tudoù, la capacité du ker à loger ses jeunes, la souveraineté locale, la continuité territoriale.
Réconcilier la Bretagne du sol et la Bretagne du mouvement. Retrouver l’équilibre atlantiques entre stabilité et mobilité. Redonner aux jeunes un droit au territoire.
C’est cela, au fond, la renaissance des kers. C’est cela, la Bretagne de demain.
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